LE TABAC vu par B.P.

Je me suis un peu attardé sur la boisson parce qu’elle s’est révélé la cause de nombreux crimes, maladies et misères: c’est le plus grand danger pour l’individu et pour l’état, et, puisque nous sommes partis à la recherche du bonheur et du succès, c’est un des écueils qu’il faut s’efforcer d’éviter avec le plus d’ardeur.
Mais la satisfaction égoïste de nos désir connaît d’autres formes et un jeune homme fera bien de s’en méfier, car, elles aussi, l’empêche de conquérir le bonheur.
Pour un garçon, il y a le danger du tabac. Je ne peut dire combien j’ai reçu de lettres de jeunes gens ou de leurs parents, me remerciant des avertissements que j’avais donner de temps en temps contre le mal que peut faire le tabac aux adolescents en pleine croissance.

Voici une de mes dernières remarques à ce sujet. Quelqu’un me demandait:“Quelle est la règle qui interdit aux scouts de fumer?” Je répondis qu’il n’y avait aucune règle. Mais tous les scouts savent que celui qui fument est un imbécile et il est sous-entendu dans le mouvement que ”Un scout n’est pas imbécile!”
Pourquoi le garçon qui fume est-il forcément un imbécile? Je l’ai dit dans un chapitre de mon livre Eclaireurs. Une des raisons est la suivante:
“Quand un garçon fume avant que sa croissance ne soit tout à fait terminée, cela lui rend presque certainement le coeur faible. Et le coeur est l’organe le plus important du corps humain. Il pompe le sang à travers tout le corps pour former la chair, les os et les muscles. Si le coeur n’accomplit pas sa tâche, le corps ne peut devenir fort et sain.
Pas un garçon ne commence à fumer par goût; tout d’abord, il le déteste, mais il le fait pour avoir l’air d’un homme(il le croit!) alors qu’il n’a l’air que d’un âne.“
J’ai reçu une lettre d’un homme qui avait étudié la question du point de vue d’un ouvrier et il me disait ceci:“ Actuellement, plus de la moitié du mécontentement, de la paresse et de la faiblesse des jeunes ouvriers est due à l’abus de tabac, surtout des cigarettes.”

S’ils pouvaient se laisser persuader de ne pas fumer ou de ne pas boire, au moins jusqu’à vingt ans, notre race serait plus forte. Je peut vous prouver que tous les adolescents qui fument sont mécontents, paresseux, incapable de s’attacher à un travail, ne s’intéressent à rien et sont sans ambition: ils sont nerveux et manque de cran.
C’est ce dont souffre actuellement le pays et ce qui cause le chômage parmi les jeunes ouvriers.
Tout ce que je vous dit vous montre pourquoi un garçon ne devrait pas fumer:“ C’est pour son bien." Mais il ya une autre raison d'interdire le tabac, même aux adultes; celle-là, beaucoup l'oublient: c'est l'effet de leur tabac sur les autres.
Lorsque tu es sur le point d'allumer ta pipe (je n'ai pas d'opinion sur les cigarettes: c'est ce que fument les femmes et les petits garçons), si tu es dans une salle ou dans un train, assure toi d'abord que cela n'incommodera pas tes voisins.
Beaucoup d'homme et presque toutes les femmes détestent la fumée du tabac, et surtout cette odeur dont s'imprègnent leurs vêtements en compagnie des fumeurs. Evidemment, ils hésitent à protester et doivent supporter en silence ce qu'ils détestent. Tout homme ayant quelque courtoisie gardera sa pipe pour un moment plus opportun.
A mon avis, le troupeau, les gens impatients, les étourdis, fument la cigarette, alors que les gens calmes tirent paisiblement sur leur pipe et sont capable d'avoir une opinion personnelle.

Si tu doit fumer des cigarettes parce qu'elles sont bon marché, rappelle toi qu'elles sont justement bon marché, parce que faite de tabac inférieur. Voici l'avis d' un marchand de tabac à ce sujet:
"Sur chaque 6 pence payés pour 10 cigarettes, il y a environ 2 pence et demi pour le gouvernement (taxe) et environ 1 penny et demi pour le bénéfice brut du détaillant. Avec les 2 pence qui restent, le fabriquant doit payer le prix du tabac, la coupe, la fabrication, l'empaquetage, le transport, les frais de réclame et de vente, etc., et encore en retirer quelque profit."
Moi aussi j'aimais fumer, la pipe évidemment, quand je fis par hasard la connaissance des broussards américains qui avaient servi d'Eclaireurs dans les guerres avec les Peaux-Rouges. Aucun d'entre eux ne fumait et ils me considéraient avec indulgence comme une poule mouillée quand je fumait, alors que je pensais montrer ainsi ma virilité. Ils m'expliquèrent que le tabac peut jouer des tours pendables, à la vue, au souffle et à l'odorat; et que l'odorat était d'une valeur incalculable pour un éclaireur dans son travail nocturne. Je cessais de fumer sur-le-champ et ne m'y suis jamais remis depuis; ma santé s'en trouve bien, et ma bourse aussi certainement.

Lord Baden-Powell
in La Route du Succès

 


le Lys et la Croix